STMicroelectronics (STMPA) : après l’aller-retour sur le sommet de l’an 2000, un cycle long qui se retourne

Euronext Paris | STMPA — ISIN NL0000226223 | Secteur : Semi-conducteurs | Éligible PEA · SRD · CAC 40 |

Trente-et-un ans après son introduction, STMicroelectronics vient de revenir chatouiller son plus-haut historique de la bulle Internet — 76,93 € en séance le 9 février 2000 — avant de refluer brutalement. Le titre a culminé à 69,39 € en clôture le 22 juin 2026, au terme d’un rebond de plus de +110 % depuis janvier porté par l’IA et la reprise cyclique, puis a chuté de −18 % en une séance le 23 juillet après une publication trimestrielle jugée décevante sur la trajectoire de marge. Au 24 juillet, il cote 46,76 €, soit −32,6 % sous son sommet. Cette analyse confronte trois lectures indépendantes — canal séculaire, canal moyen terme, tableau des cycles longs — au contexte fondamental, dans une démarche probabiliste et documentaire.

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I — Analyse technique

Canal long terme / séculaire (1995 – 2026)

STMicroelectronics | PH : 76,93 € | PB : 2,950 € | Der : 46,76 € (24/07/2026)

Le canal séculaire enveloppe toute l’histoire cotée du titre, bulle Internet comprise. À la date d’analyse, la droite de résistance (rouge) passe vers 93,8 €, la droite médiane (blanche) vers 20 € et la droite de support (verte) vers 4,45 €. À 46,76 €, le cours se situe dans le haut de la bande, à ~77 % de sa hauteur : il évolue entre la médiane et la résistance, très au-dessus de son support de long terme. Les niveaux horizontaux 2p:20, 2p:30, 2p:50, 2p:70 et 2p:110 jalonnent les supports/résistances additionnels ; le retour récent sur la zone 2p:70 correspond exactement au test du plus-haut de 2000.

Pente du canal (régression log)+2,31 % / an
Performance réelle (CAGR depuis l’origine)+9,0 % / an
Amplitude positive (depuis le support vert)+2 005,3 %
Amplitude négative (depuis la résistance rouge)−95,3 %

La pente de régression (+2,31 %/an) est ici faible parce que le canal englobe le pic de l’an 2000 : elle mesure la seule dérive de la bande. Le CAGR (+9,0 %/an), lui, mesure la performance réellement encaissée : l’écart tient à ce que le cours, collé au bas du canal en 1994, en occupe aujourd’hui le haut. Sur un canal aussi peu pentu, les deux chiffres sont complémentaires.

Canal moyen terme (2008 – 2026)

STMicroelectronics | PH : 70,85 € | PB : 2,970 € | Der : 46,76 € (24/07/2026)

Tracé depuis le point bas de 2008-2009, ce canal est bien plus pentu et régulier. La résistance (rouge) passe vers 92,2 €, la médiane (blanche) vers 46 € et le support (vert) vers 23,8 €. Fait notable : à 46,76 €, le cours est pratiquement posé sur la médiane de ce canal (≈46 €). Après avoir touché la résistance en juin, le titre est revenu à son axe d’équilibre de moyen terme — ni sur-étendu, ni sur-vendu.

Pente du canal (régression log)+15,10 % / an
Amplitude positive (depuis le support vert)+290,0 %
Amplitude négative (depuis la résistance rouge)−74,4 %

Ici la pente (+15,10 %/an) est franche et représentative : elle se suffit à elle-même.

Tableau des cycles longs

Extrema cycliques calculés sur les cours de clôture quotidiens depuis l’origine des données (durées mesurées de creux à creux).

DateCours (€)Variation (%)Durée phase (ans)Durée cycle (ans)Statut
14/12/19942,97Début
20/08/199715,36+417,172,68Sommet
08/10/19985,15−66,471,133,82Creux
08/05/200074,33+1 343,301,58Sommet
06/03/20093,04−95,918,8310,41Creux
08/03/20119,69+218,992,00Sommet
18/05/20123,68−62,031,203,20Creux
27/07/202350,46+1 271,2011,19Sommet
09/04/202516,68−66,941,7012,89Creux
22/06/202669,39+315,911,20Sommet
24/07/202646,76−32,610,091,29Position actuelle

Lecture. Sur les cinq phases de hausse recensées, l’amplitude médiane ressort à +417 % pour une durée médiane de 2,0 ans ; sur les quatre phases de baisse, l’amplitude médiane est de −66,7 % pour 1,45 an, et la durée médiane d’un cycle complet creux-à-creux atteint ~7,1 ans. Le point décisif pour la lecture prospective : le recul en cours (−32,6 % depuis le sommet du 22 juin) reste peu profond au regard de cette médiane de −66,7 %. Historiquement, les corrections longues de STMicroelectronics ont oscillé entre −62 % et −96 %. Si le titre venait à suivre son schéma habituel, la phase de repli n’en serait qu’à ses débuts ; à l’inverse, un simple pull-back sur la médiane du canal moyen terme (déjà atteinte) suffirait à invalider ce scénario. Les deux hypothèses restent ouvertes.

Recoupement des extrema longs avec les événements marquants

Chaque grand pivot du titre coïncide avec un choc macro-sectoriel identifiable — la lecture cyclique se double d’une lecture historique.

PivotStatutÉvénement corrélé
20/08/1997SommetPic du boom technologique, à la veille de la crise financière asiatique.
08/10/1998CreuxCrise asiatique, défaut russe et faillite de LTCM ; excès d’offre sur les mémoires.
08/05/2000SommetPic de la bulle Internet (demande télécom et informatique).
06/03/2009CreuxPoint bas de la crise financière mondiale (les indices touchent le fond mi-mars 2009).
08/03/2011SommetPic de reprise post-crise ; le séisme de Tōhoku (11/03/2011) frappe trois jours plus tard.
18/05/2012CreuxDébâcle de la coentreprise ST-Ericsson (pertes massives) sur fond de crise des dettes souveraines.
27/07/2023SommetAnnée de CA record (17,3 Md$) ; apogée du supercycle post-Covid et de la demande automobile.
09/04/2025CreuxRepli auto/industrie (CA T1 −27,6 % en glissement annuel) au cœur du choc tarifaire d’avril 2025.
22/06/2026SommetRebond IA datacenters + reprise cyclique (+110 % depuis janvier).
24/07/2026Position−18 % en une séance après la publication du 23/07 : sanction de valorisation sur la guidance.

Encadré — effet des dividendes (hors dividendes)

Les graphiques sont établis hors dividendes. STMicroelectronics est une valeur de croissance cyclique à faible rendement, et non une valeur de rendement : le dividende, déclaré en dollars et versé trimestriellement (0,36 $/an actuellement, soit ~0,31 €, rendement ~0,5 %), a représenté en moyenne de l’ordre de ~1,5 %/an sur longue période. Le rendement total ressort ainsi à environ 9,0 % (pente réelle) + ~1,5 % = ~10,5 %/an : le dividende ne modifie pas la lecture des canaux. À noter : versement en numéraire (pas d’option en actions, donc pas de biais d’affichage de type « scrip » ).

Les cycles sont calculés sur les cours de clôture quotidiens ; les extrêmes affichés en en-tête des graphiques (PH, PB) correspondent aux extrêmes intrajournaliers et peuvent en différer légèrement — ainsi le plus-haut intraday de 76,93 € (09/02/2000) précède de trois mois le plus-haut en clôture de 74,33 € (08/05/2000). Les durées des canaux sont calculées sur une fenêtre d’analyse qui ne coïncide pas nécessairement avec la fenêtre d’affichage des graphiques.

II — Analyse macroéconomique et fondamentale

Contexte sectoriel

STMicroelectronics est un fabricant intégré (IDM) franco-italien, né en 1987 de la fusion de SGS Microelettronica et de Thomson Semiconducteurs, aujourd’hui basé près de Genève. Le groupe tire environ deux tiers de son chiffre d’affaires de l’automobile et de l’industrie — deux marchés qui ont subi, depuis fin 2022, une correction sévère (surstocks, ralentissement de la demande). Le semi-conducteur est une industrie profondément cyclique : le tableau des cycles ci-dessus en est la traduction boursière directe. Le point de retournement de la demande auto/industrie, conjugué à l’essor de l’IA, définit la phase actuelle.

Derniers résultats

Le deuxième trimestre 2026 (clos le 27 juin, publié le 23 juillet) marque un net redressement : chiffre d’affaires de 3,49 Md$ (+26 % sur un an, +12,7 % en séquentiel), marge brute de 34,8 %, résultat opérationnel de 187 M$ et bénéfice net de 222 M$ (0,24 $/action ; 0,31 $/action en base non-GAAP) — un retour dans le vert après une perte un an plus tôt. La lecture sur deux exercices éclaire l’ampleur du cycle : le CA était monté à un record de 17,29 Md$ en 2023 (marge brute ~48 %, résultat net 4,21 Md$) avant de retomber à 13,27 Md$ en 2024. La reprise est donc réelle, mais la marge brute (34,8 %) reste très en deçà des sommets d’avant-crise.

Catalyseur et plan stratégique

La chute du 23 juillet ne sanctionne pas les résultats mais la trajectoire : la prévision de CA du T3 (~3,70 Md$ au point médian) est ressortie sous le consensus, et le rythme de redressement de la marge (objectif ~37 % au T3) a déçu un marché qui, après un rebond de +110 % dans l’année, attendait davantage. En parallèle, le groupe déploie depuis fin 2024 un vaste programme de refonte industrielle : réduction d’environ 5 000 postes d’ici 2027 (dont ~2 800 départs volontaires, le reste par attrition), modernisation des usines (montée en puissance de l’usine 300 mm d’Agrate — des plaquettes de silicium de plus grand diamètre, donc plus économiques — et passage du carbure de silicium, matériau clé de l’électronique de puissance, au format 200 mm), pour des économies annuelles visées « dans le haut des centaines de millions de dollars » à l’horizon 2027. Les objectifs à moyen terme affichés sont ambitieux : marge brute de 44-46 % et marge opérationnelle de 22-24 % en 2027-2028, plus de 20 Md$ de CA en 2030. Un plan annoncé n’est pas un plan exécuté : ces cibles restent à démontrer, et la restructuration suscite des tensions sociales, notamment en Italie.

Le second moteur est l’IA dans les datacenters : la direction a relevé son ambition à « plus d’1 Md$ » de revenus en 2026 et « bien au-delà de 2 Md$ » en 2027. C’est un relais de croissance structurel qui vient se greffer sur la reprise cyclique.

Distinction risque cyclique vs structurel. Le risque dominant de STMicroelectronics est cyclique (cycle des stocks, demande auto/industrie) — un risque de nature récupérable, à l’inverse d’une disruption structurelle. Ici, l’IA n’est pas une menace structurelle (comme elle peut l’être pour une Teleperformance) mais au contraire un relais structurel favorable. Le principal aléa structurel réside plutôt dans la montée de la concurrence chinoise sur l’électronique de puissance et l’exécution du plan de refonte industrielle.

Dividende

Dividende trimestriel déclaré en dollars, régulier mais modeste (0,36 $/an, ~0,5 % de rendement au cours actuel). Comme détaillé plus haut, sa contribution moyenne au rendement total (~1,5 %/an) est secondaire face à la dynamique du cours.

Structure actionnariale

Le groupe est contrôlé à hauteur de 27,5 % conjointement par les États français et italien via une holding commune. Cet ancrage public constitue un facteur de stabilité mais aussi de contrainte : les gouvernements pèsent sur les décisions industrielles et sociales, comme l’illustrent les négociations autour des suppressions de postes.

Couverture analytique et éligibilité PEA

Contrairement aux dossiers « délaissés », STMicroelectronics est un titre largement suivi (membre du CAC 40, SRD) — il n’y a pas ici de signal contrarian lié à un désert analytique. Point important pour le lecteur particulier : en tant que société de droit européen cotée à Paris sous le ticker STMPA, l’action est éligible au PEA, ce qui en fait l’un des rares moyens de s’exposer à l’infrastructure de l’IA dans ce cadre fiscal.

III — Synthèse prospective

Les lectures convergent vers un même constat : STMicroelectronics est un titre cyclique en phase de retournement de son cycle long, à un moment charnière. Le canal séculaire le montre dans le haut de sa bande (~77 %), après un aller-retour de 26 ans sur son sommet de l’an 2000 ; le canal moyen terme le ramène pile sur sa médiane d’équilibre (~46 €) ; le tableau des cycles signale un repli entamé (−32,6 %) mais encore bien moins profond que la médiane historique des corrections longues (−66,7 %). Le fait technique dominant est double : un support de long terme très éloigné en dessous, et une correction récente qui, statistiquement, pourrait n’être qu’à mi-parcours. Le fondamental confirme la tension : reprise réelle mais marges encore basses, plan de redressement crédible mais non exécuté, relais IA prometteur mais valorisation tendue.

ScénarioProbabilitéLecture techniqueConditions fondamentales
Constructif35 %Le repli s’arrête sur la médiane du canal moyen terme (~46 €) ; rebond vers la zone 2p:70 puis nouvelle attaque de la résistance.Reprise auto/industrie confirmée, marges qui remontent plus vite que prévu, revenus IA au-dessus des cibles.
Latéral40 %Consolidation dans la moitié haute du canal moyen terme (~35-55 €), digestion du rebond de +110 %.Reprise graduelle mais marges qui plafonnent ; exécution du plan encore devant, sans surprise majeure.
Dégradé25 %La correction se poursuit vers la médiane séculaire et le support du canal moyen terme (23-30 €), conformément à la profondeur médiane historique des cycles baissiers.Rechute de la demande, guidance à nouveau abaissée, dérapage de l’exécution du plan ou choc macro/tarifaire.

Les probabilités sont indicatives et somment à 100 %. Elles traduisent une pondération de scénarios, non une prévision.

Jalons de suivi

  • Publication du T3 2026 (fin octobre) : exécution vs guidance ~3,70 Md$ et marge ~37 %.
  • Trajectoire des revenus IA datacenters (cible >1 Md$ en 2026) et confirmation de l’objectif >4 Md$ de CA au T4.
  • Frontières graphiques : à la hausse, la médiane du canal moyen terme (~46 €) puis la zone 2p:70 / résistances (~92-94 €) ; à la baisse, le support du canal moyen terme (~23-24 €) comme premier filet long terme.
  • Avancement du plan de refonte industrielle et effets réels sur la marge brute.

Cette analyse est publiée à titre d’information et de veille ; elle ne constitue en aucun cas un conseil en investissement ni une recommandation d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir en Bourse comporte un risque de perte en capital. Chaque lecteur est invité à mener sa propre analyse et, le cas échéant, à consulter un conseiller agréé.

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